Interview alumni : Yassine JEDIR, ingénieur commercial

Optimiser la performance des centrales solaires tout en sécurisant l’injection d’électricité sur le réseau : telle est la mission de Meteocontrol et de Yassine JEDIR, ingénieur commercial depuis plus de deux ans et demi. Son parcours donne un aperçu très concret de la manière dont on peut évoluer dans un secteur technique, international et en pleine transition - des repères utiles à tout étudiant, quelle que soit sa formation.
Avec un profil technique renforcé par un parcours international, il accompagne producteurs et acteurs du marché de l’énergie dans la transition solaire. Dans cet entretien, il revient sur son métier, ses motivations, son engagement pour un secteur en mutation et partage des points clés qui peuvent réellement aider à entrer dans le monde professionnel.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je me présente, je suis Yassine JEDIR, ingénieur commercial chez Meteocontrol. Nous proposons un service et un produit conçus pour optimiser la performance des centrales solaires. Notre objectif principal est d'assurer que l'électricité générée par les panneaux puisse être injectée sur le réseau électrique de manière totalement sécurisée.
Quel est votre rôle précis au sein de Meteocontrol ?
Je suis ingénieur commercial, ce qui implique de travailler en B2B. Mes clients sont des producteurs d'énergie possédant des centrales solaires, ou bien des agrégateurs, c'est-à-dire des traders d'électricité qui opèrent sur le marché spot de l'électricité. Mon rôle consiste à sourcer de nouveaux clients, à gérer l'intégralité du cycle commercial, de la prospection et des démonstrations à la présentation de nos solutions et à la signature des contrats. J'occupe ce poste depuis deux ans et demi.
Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon ingénieur commercial ?
Pour exceller dans ce domaine, il faut posséder une bonne compréhension technique du fonctionnement de nos solutions, mais également de fortes qualités émotionnelles, notamment de l'empathie, car il s'agit d'un métier très relationnel, basé sur les échanges humains. Honnêtement, mes relations avec les clients ne diffèrent pas de celles rencontrées dans d'autres secteurs commerciaux. Pour moi, qu'il s'agisse de vendre des produits complexes comme des systèmes d'optimisation ou des produits plus simples, la démarche commerciale et la conversation restent fondamentalement les mêmes. L'essentiel est d'être à l'écoute, de comprendre les problèmes du client et de s'efforcer de trouver la solution la plus adaptée.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce qui me plaît avant tout, c'est l'impact de mon travail. Je dis souvent que nous contribuons à "sauver la planète" grâce à l'énergie solaire, en décarbonisant le réseau électrique. Par ailleurs, j'apprécie énormément la dimension humaine de ce métier. Mes clients sont souvent des entrepreneurs ou des décideurs dans de grandes entreprises, et je suis fasciné par l'opportunité de comprendre leur vision et leur fonctionnement. Il est intéressant de noter que 90% de ces échanges se concentrent moins sur les aspects techniques que sur la construction d'une relation de confiance.
Avec quel type de clientèle travaillez-vous ?
Je travaille principalement sur les marchés français, belges, néerlandais et luxembourgeois, avec des clients français et internationaux. Il s’agit exclusivement d’entreprises, et souvent de très grandes sociétés comme Total ou Engie. En ce qui concerne la rentabilité de l’énergie solaire, elle est aujourd’hui intrinsèque. Avant, il y avait des subventions, mais depuis quatre ou cinq ans, il n’y en a plus, car la technologie est mature et l’énergie solaire est devenue rentable par elle-même, sans aide étatique.
Quel est votre plus grand défi au quotidien ?
Le défi majeur de mon métier est d'aligner les demandes des clients avec les capacités et les priorités de développement de notre produit. En tant que commercial vendant une solution SaaS, je suis le lien entre le marché et l'équipe produit. Il est souvent plus difficile de convaincre l'équipe de développement de l'importance d'une fonctionnalité spécifique pour un client que de convaincre le client lui-même. C'est une question de relations humaines et de communication interne.
Envisagez-vous des perspectives d'évolution de carrière ?
Pour le moment, je souhaite continuer en tant que commercial. Les commissions rendent cette voie très motivante, car c'est une des rares positions où un employé peut potentiellement être mieux rémunéré que le PDG, en fonction de ses performances et des contrats signés. Devenir directeur ou manager implique davantage de se focaliser sur la gestion d'équipe que sur la conclusion directe des affaires, ce qui est moins ce que je recherche à l'heure actuelle.
Quel a été votre parcours académique ?
Initialement, j'ai suivi un parcours d'ingénieur énergétique, avec un baccalauréat en Tunisie, suivi de deux années de classe préparatoire. J'ai ensuite poursuivi mes études aux États-Unis où j'ai obtenu un bachelor à l'Université du Wisconsin-Milwaukee. Je suis ensuite revenu en France pour faire un master en énergie solaire à l'Université Savoie Mont Blanc, un programme moins technique et plus axé sur l'économie de l'énergie solaire. Mes deux années de prépa ont été reconnues comme les deux premières années d'ingénierie aux États-Unis, me permettant d'obtenir un bachelor en deux ans.
Pourquoi avoir choisi le commerce malgré une formation technique ?
Dès mes études, il était clair pour moi que je m'orienterais vers le commerce. Je n'avais pas excellé en classe préparatoire, et mes résultats n'étaient pas suffisants pour des études d'ingénieur énergétique en France. C'est pourquoi je suis allé aux États-Unis, où j'ai pu, par un entretien, valider mes acquis pour un bachelor en ingénierie. Même si j'étais très technique, je n'étais jamais le meilleur en conception, mais j'étais toujours celui qui aimait présenter les projets de groupe. Je savais que je comprenais la technique, mais je ne voulais pas passer mon temps à faire de la conception sur ordinateur. Mes études m'ont donné une culture générale solide dans le domaine, facilitant ma spécialisation et ma compréhension des enjeux commerciaux. J'ai toujours recherché une position qui me permettrait d'allier mes connaissances techniques à mes aptitudes commerciales, et je suis ravi d'avoir trouvé ce juste équilibre.
Quel est votre engagement personnel pour l'énergie solaire ?
Aujourd'hui, je me sens pleinement à ma place et souhaite poursuivre dans le même domaine. L'énergie solaire me passionne énormément, au point que, en dehors de mon travail, j'ai moi-même installé des panneaux solaires. Je suis également bénévole avec l'association "Solaire Sans Frontières", principalement en Afrique, notamment en Ouganda et au Bénin. Notre mission est d'installer des panneaux solaires dans des villages isolés, non connectés au réseau électrique, où cette énergie représente la seule source d'électricité accessible aux habitants. C'est une expérience extrêmement enrichissante.
Comment avez-vous choisi l'Université Savoie Mont Blanc ?
Mon choix de l'Université Savoie Mont Blanc est assez anecdotique. En cherchant sur internet un Master spécifiquement en énergie solaire, je n'ai trouvé que quatre programmes dans le monde : un aux États-Unis, un en Australie, un au Royaume-Uni, et un en France. Étant tunisien et francophone, le choix de la France s'est imposé naturellement. Ce master, en plus d'être très spécifique à l'énergie solaire et non aux énergies renouvelables en général, était enseigné en anglais, ce qui était une agréable surprise. La découverte des montagnes en ligne, notamment la perspective de faire du ski, a également été un facteur décisif, car je suis un grand amateur de nature. Aujourd'hui, j'habite à Lyon, non loin de Nantes où est basée mon entreprise, ce qui me permet de rester proche des Alpes.
Un conseil pour les futurs diplômés ?
Mon conseil aux futurs diplômés est de ne pas se limiter aux offres de stage. Postulez également aux positions en CDI ou à temps plein. En effet, en tant que stagiaire, vous devenez un candidat très attractif pour l'entreprise : vous travaillez à temps plein pendant six mois, mais êtes rémunéré comme un stagiaire, offrant ainsi à l'entreprise une période d'essai prolongée à moindre coût. Beaucoup de mes amis ont eu du mal à trouver un stage en se limitant aux annonces dédiées, alors que cette approche est souvent plus efficace. Il s'agit de s'affranchir des barrières mentales et d'oser postuler.
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